Odyssée d’un 3A

C’est à l’aube du 4 septembre 2017 après J.C. que notre odyssée débuta. Fraîchement sortis de classes préparatoires, après deux années voire trois d’isolement social, nous découvrîmes ce qui serait notre maison, notre voyage, pour trois années supplémentaires, l’ENSEEIHT. Dans un premier temps, nous rencontrâmes les autochtones, aussi appelés les vieux selon le dialecte local. Les plus jeunes d’entre eux étaient là pour nous divertir, tandis que les autres n’avaient qu’une seule formule à la bouche : « C’était mieux avant ». Nous apprîmes par la suite, que fut un temps, un breuvage magique coulait à flot au Foy, lieu de vie humaine.

Vint alors l’éducation. On nous proposa de nous regrouper dans des amphithéâtres. Le premier jour, ces derniers furent pleins, car comme le disait l’adage « Panem et circenses », nous nous attendions à être divertis. Quel ne fut pas notre malheur. Face à nous, les orateurs semblaient perdus à cause de réformes toutes fraîches. Il était de plus évident qu’ils n’avaient point pris de cours auprès des plus grands tel que Cicéron. Au fil des jours, nous perdîmes de plus en plus de nos camarades, tel l’équipage d’Ulysse dans sa propre Odyssée.

S’ensuit des jeux ou campagnes opposant 2 camps composés d’une centaine de valeureux légionnaires. Ils s’affrontaient pour avoir l’honneur d’être élus pour nous représenter. Tels les empereurs romains, ils achetaient nos votes en nous remplissant la panse. Durant ces jeux, nous pouvions compter sur nos vieux pour nous rappeler que c’était mieux avant.

Une nouvelle année commença. Arriva une nouvelle flotte de jeunes étudiants prêts à découvrir les joies de l’ENSEEIHT. Alors que nous ne connûmes point la vie tels que nos vieux la connurent, nous aimions leur décrire comme c’était mieux avant. Nous leur fîmes découvrir les plaisirs de l’école, comme une tradition ancestrale. Nous les voyions déjà avec la nostalgie de nos jeunes années.

Nos orateurs d’amphithéâtre n’étaient point plus prêts que l’année précédente à nous déclamer leurs discours. Pour rajouter à notre trouble, un groupe de rebelles, à l’extérieur de nos murs, mena une action par semaine, nous empêchant toute vie sociale supplémentaire. Cette secte se faisait appeler Gilets Jaunes, en référence à leur vêtement des plus colorés.

Comme chaque année, nos nouveaux représentants se firent élire, mais dès le début de leur mandat ils furent critiqués. Ils reproduisaient le comportement de nos prédécesseurs qui étaient à l’origine du « C’était mieux avant ». Après plusieurs événements annulés, l’année s’acheva une nouvelle fois.

Nous attaquions notre dernière année. Comme à l’accoutumée, les amphithéâtres étaient désertés de toute âme vivante. Nous étions les témoins de notre époque bientôt révolue. Durant le premier semestre, le peuple se révolta contre l’autorité en place. Dans notre temple nous étions à l’abri, mais devant ses portes, les révoltés incendiaient tout ce qu’ils trouvaient. On aurait pu penser qu’Arès avait pris possession d’eux.

Arriva alors notre dernière épreuve, communément appelée « Projet Long ». Tel que nous en avions entendu parler, cela existait depuis la nuit des temps, et tout se déroulerait sans accroc. Il se trouva que non, à notre plus grand désespoir. Les consignes arrivèrent une fois le travail fini, nous étions donc dans un flou des plus sombres.

L’épreuve s’acheva, et nous pouvions profiter d’une semaine de repos. Or durant le même temps, un virus se répandit en Chine. Il était fort probable qu’Apollon ait décroché une flèche d’épidémie pour punir l’homme. Grâce à un nouveau phénomène, la mondialisation, ce virus se propagea partout dans le monde, et arriva dans nos contrées reculées. Pauvres 3A que nous étions, nous fûmes démunis sans instructions de notre maison, sans consignes de notre future entreprise, pour notre ultime état, le « Projet de fin d’études ». Les plus chanceux d’entre nous purent commencer leur stage à distance en lisant moult articles sur leur domaine scientifique, tandis que les autres étaient livrés à eux-mêmes. Nos derniers instants avec notre famille, avant de partir pour le monde du travail, nous étions obligés de les vivre via écrans interposés, si le dieu Internet nous l’accordait.

Nous espérions voguer vers notre dernière étape, la remise des diplômes, et y débarquer pour vivre alors de nouvelles aventures !

Calypso confinée sur son île déserte